Togo–Banque mondiale : le gouvernement renforce le suivi des projets

LOMÉ, 29 juillet 2026 — Dans les bureaux, les tableaux d’exécution racontent une histoire. Sur le terrain, les populations en racontent une autre. Entre les deux, le gouvernement togolais veut désormais réduire l’écart. C’est tout l’enjeu de la revue du portefeuille des projets financés dans le cadre du partenariat entre le Togo et la Banque mondiale, organisée le 28 juillet par Sandra Ablamba Johnson, ministre, secrétaire générale de la Présidence du Conseil.

L’exercice dépasse le simple contrôle administratif. Il traduit une nouvelle manière de regarder les projets publics : non plus seulement à travers les montants engagés, les taux de décaissement ou les calendriers d’exécution, mais à partir de leurs effets réels sur la vie quotidienne.

Réunis autour des coordinateurs de projets, les responsables ont passé en revue l’état d’avancement des différents programmes du portefeuille Togo–Banque mondiale. L’objectif était de confronter trois réalités : ce qui était prévu, ce qui a effectivement été réalisé et ce que les populations constatent sur le terrain.

Sandra Ablamba Johnson
© Sandra Ablamba Johnson

Le chantier ne s’arrête plus au financement

Un projet peut être financé, lancé et même afficher un niveau d’exécution satisfaisant sans produire immédiatement l’impact attendu. C’est précisément cette zone grise que l’exécutif entend désormais surveiller de plus près.

La revue du 28 juillet a donc cherché à rapprocher les indicateurs financiers de la réalité opérationnelle. Le niveau de décaissement ne suffit plus à lui seul à établir la réussite d’un programme. Encore faut-il que les ressources mobilisées se traduisent en infrastructures, en services ou en améliorations concrètes pour les citoyens. Autrement dit, le gouvernement veut déplacer le curseur : du projet exécuté vers le résultat obtenu.

Cette exigence prend une dimension particulière avec l’entrée dans la feuille de route Togo 2026-2031. Le portefeuille de coopération avec la Banque mondiale doit désormais s’inscrire dans cette nouvelle séquence politique et répondre avec davantage de précision aux priorités nationales.

Plus vite, mais surtout plus efficacement

Le message porté à l’issue de cette revue est sans ambiguïté. L’exécutif veut davantage de rigueur dans le suivi, davantage de célérité dans la mise en œuvre et une vigilance accrue sur l’impact des investissements. Cette orientation pose une question centrale à l’action publique : combien de temps faut-il entre la décision, le financement et le changement réellement perceptible par un citoyen ?

La réponse ne se trouve pas uniquement dans les rapports techniques. Elle se mesure aussi dans les territoires, au contact des bénéficiaires et des communautés concernées.

C’est pourquoi la coordination des projets devient un enjeu stratégique. Les responsables chargés de leur conduite doivent renforcer le suivi de l’exécution, identifier rapidement les blocages et prévenir les retards susceptibles d’éloigner les programmes de leurs objectifs initiaux.

Banque et Finance
© Banque et Finance

Le nouveau test : l’impact territorial

Derrière cette volonté de renforcer la performance se dessine également une autre priorité : réduire les écarts de développement entre les territoires.

La feuille de route Togo 2026-2031 entend ainsi placer la résilience et l’équité territoriale au cœur de l’action publique. Dans cette perspective, les projets soutenus par la Banque mondiale ne sont pas considérés comme de simples opérations financières. Ils doivent participer à une transformation plus large du pays et répondre aux besoins différenciés des populations.

Le véritable indicateur ne sera donc pas seulement le montant dépensé, mais la trace laissée par cet investissement. Cette logique oblige à regarder autrement les projets publics. Une enveloppe mobilisée n’est qu’un moyen. Une réalisation achevée constitue une étape. Mais l’amélioration durable des conditions de vie demeure la finalité.

Une nouvelle culture du résultat

À travers cette revue, le gouvernement affiche ainsi une volonté de renforcer la culture du résultat dans la gestion des programmes publics.Le partenariat avec la Banque mondiale entre dans cette logique. Il ne s’agit plus uniquement de sécuriser l’exécution des financements, mais de garantir leur cohérence avec les priorités du pays et leur utilité pour les populations.

Sandra Ablamba Johnson a rappelé cette exigence en plaçant au centre de l’exercice la cohérence entre l’avancement des projets, les décaissements et les réalités observées sur le terrain. Le gouvernement adresse donc aux coordinateurs un message à la fois administratif et politique : il leur demande d’accélérer les projets, de renforcer leur suivi et surtout de démontrer leur utilité.

À l’horizon 2031, le défi sera désormais de transformer cette exigence en résultats mesurables. Car, au bout des financements et des procédures, c’est sur le terrain que se jouera le véritable bilan du partenariat Togo–Banque mondiale.

Comment le Togo compte investir les 200 millions de dollars de la Banque mondiale

Le Groupe de la Banque mondiale a validé une enveloppe majeure en faveur de Lomé pour financer son Programme d’amélioration des services logistiques et de transport (PASLT). Un coup d’accélérateur pour l’ambition togolaise de s’imposer comme le hub incontournable de l’hinterland ouest-africain.

Le Port autonome de Lomé (PAL), seul port naturel en eau profonde de la sous-région, s’apprête à passer un nouveau cap structurel. Avec un trafic conteneurs passé de 311 500 EVP (Équivalent Vingt Pieds) en 2013 à 1,9 million en 2023, l’infrastructure asphyxie par son propre succès le réseau routier de la capitale. Pour y remédier et fluidifier les corridors logistiques, le gouvernement togolais vient de sécuriser un appui de 200 millions de dollars auprès de la Banque mondiale.

Ce financement massif va donner corps au Programme d’amélioration des services logistiques et de transport (PASLT), un projet conçu pour doper la compétitivité du pays face à ses rivaux de la côte ouest-africaine.

Le rail pour relier le port à la plateforme d’Adétikopé

Le premier volet — et sans doute le plus stratégique — de ce programme concerne la réhabilitation de la ligne ferroviaire reliant le Port de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Située à 27 kilomètres au nord de la capitale et opérationnelle depuis début 2022, la PIA dispose d’une capacité d’accueil de 12 500 conteneurs. En basculant le transfert de ces cargaisons vers le rail, Lomé espère désengorger définitivement les axes routiers urbains et accélérer le transit des marchandises vers les pays enclavés du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger).

Ensuite, l’enveloppe s’attaquera directement au quotidien des Loméens en ciblant la mobilité urbaine dans le Grand Lomé. L’objectif est de fluidifier le trafic et de réduire la congestion chronique provoquée par les flux incessants de poids lourds aux abords de la zone portuaire.

Enfin, cette modernisation jette un pont entre la réussite logistique côtière et le Togo profond. Ce dernier axe prévoit le renforcement de la connectivité entre les zones agricoles à fort potentiel (dans les régions de la Kara, des Savanes, des Plateaux et de la Plaine de Mô) et les marchés régionaux.

« Ce programme représente une opportunité stratégique majeure pour le Togo de renforcer sa position en tant que principal pôle de transport et de logistique de la sous-région », souligne Tony Verheijen, Représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo, précisant que ces infrastructures seront construites pour résister aux chocs du changement climatique.

Un portefeuille global de 1,5 milliard de dollars

Pour la Banque mondiale, ce coup de pouce s’inscrit dans une lune de miel financière durable avec Lomé. Le portefeuille de l’institution de Bretton Woods au Togo frôle désormais la barre des 1,5 milliard de dollars (1,49 milliard enregistré en mars 2026). Cette nouvelle enveloppe fait suite à un autre engagement de 150 millions de dollars acté fin 2025 pour booster l’emploi et l’investissement privé.

En inscrivant le transport, la logistique et l’agriculture comme les piliers de son Cadre de partenariat pays (CPF) 2025-2029, la Banque mondiale valide la feuille de route des autorités togolaises : faire du corridor logistique national le moteur d’une croissance inclusive, capable d’irriguer le secteur agricole tout en séduisant les investisseurs privés internationaux.

Togo–FMI : un accord technique ouvre la voie à de nouveaux financements

Les deux parties ont scellé un accord technique sur les troisième et quatrième revues conjointes du programme de réformes économiques, appuyé par la Facilité élargie de crédit. Cette étape technique représente une avancée majeure pour Lomé. Une fois que le conseil d’administration du FMI aura formellement approuvé cet accord, les autorités togolaises obtiendront l’accès à un nouveau financement de 110,8 millions de dollars. Cette enveloppe portera le montant total des décaissements à 302,2 millions de dollars depuis le lancement initial du programme.

 

Des résultats jugés satisfaisants

Les conclusions des experts de l’institution financière basée à Washington s’avèrent positives, qualifiant les résultats obtenus de globalement satisfaisants. Les autorités togolaises ont validé la quasi-totalité des critères de réalisation quantitatifs. De plus, elles ont respecté sept des huit repères structurels fixés depuis la dernière évaluation. Par ailleurs, les efforts ont principalement porté sur le renforcement de la gestion des finances publiques, l’accroissement de la transparence budgétaire et une supervision plus stricte des entreprises d’État.

 

Une dynamique macroéconomique solide

Sur le plan macroéconomique, la dynamique observée au cours de l’exercice précédent valide les orientations choisies. Le produit intérieur brut réel a enregistré une progression de l’ordre de 6 % l’année dernière, une croissance largement tirée par le dynamisme du secteur des services. En parallèle, l’assainissement des comptes publics s’est traduit par une réduction significative du déficit budgétaire, retombé à 3,2 % du PIB. Cette consolidation budgétaire constitue une performance notable au regard de la conjoncture internationale morose.

 

Des défis persistants et des priorités à moyen terme

Cependant, l’exercice budgétaire en cours fait face à des vents contraires. Les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient provoquent un choc énergétique qui pèse directement sur les dépenses de l’État et fait peser un risque de poussée inflationniste. Face à cette situation, les recommandations des équipes économiques de l’institution internationale restent strictes. Les décideurs togolais doivent maintenir une discipline budgétaire rigoureuse tout en préservant les filets sociaux destinés à protéger les franges les plus vulnérables de la population.

 

Accord technique : réformes structurelles et perspectives à moyen terme

Pour l’avenir, la feuille de route convenue se concentre sur plusieurs chantiers structurels d’envergure. Les priorités incluent l’optimisation de la mobilisation des recettes fiscales internes, la consolidation du secteur bancaire et la restructuration des entreprises publiques, en particulier celles opérant dans le secteur stratégique de l’énergie. L’amélioration du climat des affaires et le renforcement des règles de gouvernance demeurent également au centre de l’agenda afin d’attirer les capitaux privés.

L’administration togolaise maintient ses engagements de convergence régionale avec l’objectif de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB à l’horizon 2027, garantissant ainsi la soutenabilité de la dette publique à long terme. Au-delà de l’apport purement financier, la validation de ces revues renforce la crédibilité macroéconomique du pays sur la scène internationale. Dans un contexte de volatilité des marchés mondiaux, ce signal positif est de nature à rassurer les investisseurs étrangers et les partenaires techniques au développement quant à la trajectoire des réformes à Lomé.

Le défi pour le Togo sera désormais de transformer cette discipline budgétaire et ces réformes structurelles en un véritable levier de croissance inclusive et durable.

La CNSS innove pour la sécurité des retraites

Dans une démarche résolument tournée vers l’avenir, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) du Togo a pris une initiative audacieuse pour moderniser la gestion des pensions et rentes. Du 02 mai au 30 juin 2024, elle déploiera une opération de contrôle de vie entièrement en ligne, une première dans l’histoire de l’institution.

Cette opération, qui s’inscrit dans le cadre des efforts continus pour maintenir l’intégrité des paiements des pensions, exigera des bénéficiaires, tant au Togo qu’à l’étranger, de soumettre leurs données biométriques via l’application Biosecu. Par ailleurs, ce processus innovant, accessible sur le portail électronique de la CNSS ou via un lien dédié, vise à simplifier la procédure tout en garantissant la précision des données.

Ingrid Awade, directeur général de la CNSS, a mis l’accent sur l’importance de cette opération, rappelant que le non-respect de cette procédure entraînera la suspension des paiements dès juillet 2024, conformément au code de sécurité sociale. Elle souligne ainsi la nécessité pour tous les pensionnés et rentiers de participer activement à cette démarche pour assurer la continuité de leurs droits.

Pour participer, les bénéficiaires doivent se munir de leur pièce d’identité, d’un numéro de téléphone opérationnel et du récépissé de leur dernière opération de contrôle de vie. Cette mesure préventive vise également  à protéger les fonds de la CNSS contre les fraudes et les paiements indus, tout en facilitant la vie des retraités.

Cette initiative de la CNSS est un pas de plus vers la digitalisation des services publics, reflétant l’engagement du Togo à adopter les technologies de l’information pour améliorer l’efficacité administrative et la satisfaction des citoyens.