Togo : L’opposition (ANC) boycotte les célébrations de l’indépendance du 27 avril

                À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’accession à la souveraineté internationale, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) a annoncé son refus de participer aux festivités officielles du 27 avril. Le parti de Jean-Pierre Fabre dénonce une dérive autoritaire et appelle à une « vraie » indépendance.

Alors que Lomé se pare de ses couleurs nationales pour les préparatifs du traditionnel défilé militaire et civil, une voix discordante s’élève depuis le siège de l’opposition. L’ANC a fait savoir, le lundi, qu’elle ne s’associerait pas aux célébrations officielles de la fête de l’indépendance. Dans ce contexte, marqué par la récente réforme constitutionnelle ayant fait basculer le pays vers un régime parlementaire, la décision prend une dimension symbolique forte.

 

« Ce sera sans nous. »

Pour la formation orange, l’heure n’est pas aux réjouissances. Eric Dupuy, porte-parole de l’ANC, a justifié ce boycott en fustigeant ce qu’il qualifie d’« indépendance de façade ». Selon lui, les idéaux des pères de l’indépendance de 1960 — le « Travail, la Liberté, la Patrie » — seraient aujourd’hui vidés de leur substance par un système qu’il juge verrouillé. Par ailleurs, le parti réclame un retour aux fondamentaux démocratiques avant toute parade protocolaire :

  • Une transparence électorale accrue ;
  • Le respect strict des libertés publiques et de manifestation ;
  • Une gouvernance rendant réellement compte aux citoyens.

« Participer à ces cérémonies reviendrait à cautionner un simulacre de démocratie », explique-t-on dans l’entourage du parti. L’ANC estime que la souveraineté d’un peuple ne se mesure pas au faste des défilés, mais à la capacité des citoyens à choisir librement leurs dirigeants. Ainsi, le boycott s’inscrit dans une logique de contestation plus large.

 

66ᵉ anniversaire : l’opposition refuse les célébrations, le gouvernement appelle à l’unité

Ce boycott n’est pas une première pour l’opposition togolaise, mais il intervient cette année dans un contexte de rupture profonde. En outre, depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2024, qui permet  Faure Essozimna Gnassingbé, de devenir président du Conseil — un poste qui lui permet de se maintenir au pouvoir sous une nouvelle forme de gouvernance — le fossé entre le pouvoir et ses détracteurs s’est élargi.

Cependant, le gouvernement rejette ces accusations et appelle à l’unité nationale autour de la thématique de la « résilience et de l’ambition ». Pour les autorités, le 27 avril doit rester un moment de cohésion sacrée, au-delà des clivages partisans. Toutefois, entre la fierté d’une nation qui célèbre son parcours et les revendications d’une opposition qui se sent exclue du jeu politique, l’indépendance du Togo continue, soixante-six ans après, de faire l’objet d’une bataille de récits acharnée.

Le Togo achète 4 avions Super Tucano pour sécuriser ses frontières Nord

                   Face à l’enracinement de la menace djihadiste dans la région des Savanes, Lomé a finalisé l’acquisition de quatre avions d’attaque légère A-29 Super Tucano auprès du constructeur brésilien Embraer. En effet, un investissement stratégique estimé à 70 millions d’euros vise à reprendre l’initiative dans le ciel septentrional.

 

Le ciel du nord du Togo s’apprête à changer de visage. selon plusieurs sources concordantes confirmant une information qui circulait depuis la fin de l’année 2024, le gouvernement togolais a porté son choix sur l’avionneur brésilien Embraer pour moderniser son aviation de combat. Ce contrat, dont le montant avoisinerait les 70 millions d’euros, porte sur la livraison de quatre appareils A-29 Super Tucano, des avions de conception robuste spécifiquement taillés pour les théâtres d’opérations asymétriques.

 

Une réponse chirurgicale à la menace JNIM

L’acquisition de ces vecteurs aériens n’est pas un luxe de parade. Depuis 2023, la préfecture de Kpendjal, à la frontière avec le Burkina Faso, subit une pression constante des groupes liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Pour l’état-major togolais, l’enjeu est de combler un déficit de surveillance et de puissance de feu dans une zone de savanes et de forêts où l’ennemi joue de sa mobilité.

Le Super Tucano s’impose comme l’outil idéal pour cette « guerre de l’ombre » :

  • Autonomie record : capable de patrouiller plus de 8 heures, il offre une permanence en l’air indispensable pour la surveillance des frontières. De surcroît, cette endurance réduit les temps morts entre les missions.
  • Agilité technique : il peut décoller et atterrir sur des pistes sommaires ou non revêtues, un atout majeur pour les bases avancées du nord.
  • Capacité de frappe : Équipé de blindage en Kevlar et capable d’emporter des roquettes et des bombes guidées, il peut fournir un appui feu immédiat aux troupes au sol prises en embuscade.

 

La stratégie du saut technologique

Avec cette commande, le Togo rejoint le club des pays africains (comme le Nigeria ou le Mali) ayant misé sur cet appareil pour leurs opérations de contre-insurrection. Jusqu’ici, l’armée de l’air togolaise s’appuyait sur une flotte vieillissante d’Alpha Jet et d’hélicoptères Gazelle. Dès lors, l’arrivée des A-29 marque un saut technologique : cockpit compatible avec les jumelles de vision nocturne, systèmes de communication cryptés et capteurs optroniques de dernière génération.

Si Lomé n’a pas encore fait de déclaration officielle — tradition de discrétion oblige sur les dossiers militaires —, la signature de ce contrat avec un « client africain non identifié », mentionnée par Embraer en décembre 2024, ne laissait que peu de doutes aux experts de défense. Ainsi, les observateurs ont rapidement relié cette annonce aux besoins opérationnels du Grand Nord.

 

Un tournant dans la guerre au Nord ?

Sur le terrain, l’intégration de ces appareils pourrait modifier le rapport de force. En privant les groupes armés de leur liberté de mouvement diurne et nocturne, les FAT (Forces Armées Togolaises) espèrent sécuriser durablement les populations civiles du Grand Nord.

Par ailleurs, les observateurs s’attendent à une réduction des embuscades et à une meilleure protection des axes de communication. Cependant, ils rappellent que l’arme aérienne n’est qu’un volet d’une réponse qui se veut aussi sociale et administrative pour tarir les sources du recrutement djihadiste. À cet égard, des mesures de gouvernance locale et de développement restent indispensables pour consolider les gains militaires.

Enquête sur X : Elon Musk ne répond pas à la convocation de Paris

                               Le propriétaire de la plateforme X (anciennement Twitter) ne s’est pas présenté à sa convocation par le parquet de Paris, ce lundi 20 avril. L’enquête pénale, qui porte notamment sur la diffusion de contenus pédopornographiques et de « deepfakes », se heurte au refus de coopération du milliardaire Elon Musk et à des tensions diplomatiques avec Washington.

Le rendez‑vous, fixé depuis février, est resté sans suite : le siège est resté vide. Elon Musk a décliné l’invitation du parquet de Paris, qui souhaitait l’entendre dans le cadre d’un entretien volontaire ce lundi. Cette procédure, de nature non contraignante, n’expose pas la personne convoquée à des poursuites immédiates en cas d’absence. La convocation faisait suite à une perquisition spectaculaire menée en début d’année dans les bureaux parisiens de la société par les enquêteurs de l’unité de lutte contre la cybercriminalité.

Interrogé par la BBC, le parquet de Paris a indiqué avoir « pris note de l’absence des personnes convoquées », tout en soulignant que cette situation ne saurait entraver la poursuite des investigations. Linda Yaccarino, ex‑directrice générale de la plateforme au moment des faits présumés, a également ignoré la procédure.

 

Un dossier alourdi par les dérives de l’intelligence artificielle

Initialement ouverte en 2025 à la suite de signalements portant sur les contenus recommandés par la plateforme, l’instruction a pris une dimension nettement plus sombre ces derniers mois. Les premières investigations visaient notamment des soupçons d’utilisation de l’algorithme de recommandation à des fins d’ingérence dans le débat public français. Les procureurs s’intéressent désormais à Grok, le chatbot développé par xAI et intégré à la plateforme.

Il est reproché à X une forme de « complicité » dans plusieurs infractions graves :

  • la diffusion et la possession de matériel pédopornographique en bande organisée ;
  • la création d’images truquées (« deepfakes ») à caractère sexuel sans consentement, générées via l’IA de la plateforme ;
  • l’extraction frauduleuse de données à grande échelle.

 

Bras de fer diplomatique et « vendetta politique »

Pour Elon Musk, cette offensive judiciaire n’est rien d’autre qu’une « attaque politique ». Un point de vue qui trouverait un écho au sein du ministère de la Justice américain. Selon des informations du Wall Street Journal, Washington aurait opposé une fin de non‑recevoir aux autorités françaises, refusant toute assistance juridique et accusant Paris d’instrumentaliser le système judiciaire américain contre des fleurons de la tech.

Le milliardaire, coutumier du fait — il avait déjà boudé une audience de la Securities and Exchange Commission à Los Angeles en 2024 —, a réagi sur son réseau social en validant la position de son gouvernement d’un laconique : « En effet, cela doit cesser. »

De son côté, la plateforme X rejette l’ensemble des accusations, les qualifiant de « sans fondement » et dénonçant une procédure qu’elle estime attentatoire à la liberté d’expression.

 

Une pression réglementaire mondiale

Malgré cette résistance, X se retrouve de plus en plus isolée. Outre la France, l’Union européenne et le Royaume‑Uni ont multiplié les avertissements et engagé des procédures contre la plateforme, l’accusant de faillir à ses obligations de modération et de mettre en péril la sécurité des mineurs.

Le refus d’Elon Musk de répondre aux questions des magistrats français pourrait conduire le parquet de Paris à envisager des mesures plus contraignantes, bien que leur mise en œuvre à l’échelle internationale s’annonce d’ores et déjà comme un défi juridique majeur, compte tenu de la protection dont semble bénéficier l’entrepreneur outre‑Atlantique.

Fonds mondial : Lomé a lancé les consultations pour la demande de subvention 2027‑2029

            Lomé a officiellement lancé, le 7 avril, les consultations pour l’élaboration de sa demande de subvention 2027‑2029. Il s’agit d’un exercice de planification stratégique qui vise à amplifier la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme tout en renforçant le système de soins.

Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA
© Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA

Un partenariat de longue date qui entre dans une nouvelle phase

Vingt‑quatre ans après le début de sa collaboration avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le Togo s’apprête à franchir une nouvelle étape de son partenariat sanitaire. En effet, sous l’impulsion du conseil d’administration de l’organisation internationale, qui a annoncé une nouvelle allocation en mars dernier, les autorités de Lomé ont initié le « dialogue pays ». Ce processus de concertation, pivot du « Cycle 8 » des subventions, doit aboutir à une requête de financement unique pour la période 2027‑2029.

Ces nouvelles ambitions s’inscrivent donc dans la continuité des progrès enregistrés ces deux dernières décennies, marqués par une amélioration notable de la prévention et de la prise en charge des patients atteints de ces trois maladies.

Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA
© Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA

Priorisation fondée sur les données

L’enjeu est de taille pour ce pays d’Afrique de l’Ouest qui a fait de la couverture sanitaire universelle un pilier de sa politique sociale. Ainsi, présidée par Kassa‑Traoré Zouleratou, gouverneure du district autonome du Grand Lomé et présidente du Mécanisme de coordination nationale (CCM), la cérémonie de lancement a réuni l’ensemble des acteurs de la chaîne de santé : représentants gouvernementaux, partenaires techniques — dont l’Organisation mondiale de la santé — et délégués de la société civile.

Par conséquent, l’exercice ne se veut pas seulement administratif ; il se doit d’être scientifique et inclusif. Pour Jean‑Marie Koffi Ewonoule Tessi, secrétaire général représentant le ministère de la Santé, il s’agit d’ajuster les investissements aux réalités du terrain. La future demande de financement devra s’appuyer sur des données épidémiologiques actualisées et répondre aux dernières normes de l’OMS.

L’allocation devra ainsi faire l’objet d’une priorisation rigoureuse, fondée sur les indicateurs sanitaires les plus récents, afin d’orienter efficacement les ressources vers les populations et zones les plus vulnérables.

 

La lutte contre les pandémies comme levier de transformation

Le Togo affiche une volonté de « transformer plus vite » son système de santé, selon les vœux du président Faure Essozimna Gnassingbé. Dans cette optique, la lutte contre les trois grandes pandémies (VIH, tuberculose et paludisme) sert de levier pour moderniser les structures existantes et améliorer durablement l’état de santé des populations les plus vulnérables.

Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA
© Ministère de la santé, de l'Hygiène public, CSUA

La société civile, partenaire indispensable

Cependant, l’efficacité de ces fonds repose sur une appropriation locale forte. C’est pourquoi Augustin Dokla, porte‑parole de la société civile, a plaidé pour une « institutionnalisation formelle » du dialogue et appelé à une participation pleine des organisations communautaires à chaque étape du processus, de la négociation initiale au suivi‑évaluation final.

De plus, au‑delà des mécanismes financiers, ce processus traduit une exigence de gouvernance défendue par le Fonds mondial, qui privilégie des programmes pilotés par les pays eux‑mêmes, fondés sur la transparence et la participation active de l’ensemble des parties prenantes.

 

Vers des résultats mesurables dès 2027

Pour les acteurs non étatiques, l’enjeu du Cycle 8 réside dans l’augmentation des ressources allouées aux interventions de proximité. Le Fonds mondial encourage d’ailleurs cette dynamique, rappelant que les programmes les plus performants sont ceux dirigés par les pays et portés par une diversité de parties prenantes.

Ainsi, étape déterminante, le dialogue pays constitue le socle sur lequel reposera l’ensemble de la demande de financement, en alignant les priorités nationales sur les exigences techniques et stratégiques des partenaires internationaux. Dès lors, ce dialogue constitue la première pierre d’un édifice financier dont les résultats se mesureront dès 2027, avec l’ambition de réduire drastiquement les indicateurs de mortalité liés à ces trois maladies majeures.

Togo-Chine : succès de la mission économique de la CCI-Togo dans la province du Hebei

      La Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI‑Togo) a achevé, lundi 20 avril, une mission économique de dix jours en Chine. Pour la cinquantaine d’entrepreneurs mobilisés, l’enjeu dépasse le simple commerce : il s’agit, en effet, d’ancrer le transfert de technologies au cœur de la coopération bilatérale. Ainsi, cette mission visait autant à nouer des partenariats commerciaux qu’à capter des savoir‑faire industriels indispensables à la transformation économique du Togo.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Présence togolaise dans le Hebei

Du 11 au 20 avril, les hôtels de la province du Hebei, dans le nord de la Chine, ont pris des accents togolais. Une délégation de près de cinquante chefs d’entreprise, menée par les commissaires Esso Byou Bekley et Komlan Assignon, y a multiplié les rencontres de haut niveau. Par conséquent, cette deuxième mission sous l’impulsion du président de la CCI‑Togo, José Kwassi Symenouh, marque une étape supplémentaire dans l’offensive de charme de Lomé vers l’Asie.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Le Hebei, nouveau laboratoire des ambitions togolaises

Le choix de la province du Hebei n’est pas fortuit : ce pôle industriel majeur, voisin de Pékin, offre un miroir aux ambitions de développement du Togo. De l’agroalimentaire au textile, en passant par le BTP et les énergies renouvelables, les opérateurs togolais ont ainsi sillonné les centres névralgiques de la région : usines de machines agricoles, parcs dédiés à l’économie numérique et unités de fabrication manufacturière. À Baoding, point d’orgue de la tournée, la visite d’usines de véhicules électriques a suscité un intérêt particulier, car la transition énergétique est perçue comme un levier de croissance autant qu’une nécessité environnementale.

« Nous envisageons des partenariats dans le secteur automobile, incluant des projets d’investissement commun », confie l’un des participants, convaincu que l’importation de savoir‑faire vaut autant que celle de produits finis.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Diplomatie douanière et transfert de technologie

Au-delà des simples échanges de cartes de visite, la mission s’est appuyée sur un cadre diplomatique solide. Le ministre conseiller de l’ambassade du Togo en Chine a rappelé, lors d’une cérémonie officielle, les avantages comparatifs dont jouit le pays : la Chine demeure le premier partenaire commercial du Togo et l’exonération des droits de douane sur une large gamme de produits togolais constitue une aubaine pour les exportateurs locaux. Cependant, le flux ne se veut pas unidirectionnel : à Shijiazhuang, lors d’un forum Chine‑Afrique, les discussions ont porté sur le transfert de technologie dans les domaines médical, de l’énergie et des engins de chantier.

En outre, plusieurs accords ont été conclus, matérialisant la volonté de la CCI‑Togo de transformer les entreprises locales en partenaires industriels plutôt qu’en simples distributeurs.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Un pont vers l’international

La visite du marché électronique de Taihe a également permis à la délégation de se confronter à la puissance du e‑commerce chinois. Pour la CCI‑Togo, l’objectif est donc d’aider les PME togolaises à intégrer ces mécanismes complexes afin d’optimiser leurs circuits d’import‑export. De fait, en facilitant cet accès direct à l’innovation chinoise, la chambre consulaire confirme son rôle de pivot dans l’internationalisation du secteur privé togolais.

Dès lors, pour Lomé, cette mission constitue une pièce de plus sur l’échiquier d’une diplomatie économique qui cherche à diversifier ses appuis et à nourrir la transformation industrielle du pays.

Togo : Faure Gnassingbé mobilise experts et société civile autour de sa stratégie Sahel

             En marge du sommet consacré à sa nouvelle stratégie pour le Sahel (2026-2028), le président du conseil togolais a reçu, samedi 18 avril, un panel d’experts et de figures de la société civile. Une démarche qui illustre la volonté du Togo de coupler réalisme sécuritaire et dialogue intellectuel.

Lomé continue de cultiver sa singularité sur l’échiquier diplomatique ouest-africain. Alors que les chancelleries régionales peinent parfois à maintenir le contact avec les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES), le président Faure Essozimna Gnassingbé a choisi d’élargir son cercle de réflexion. Samedi 18 avril, le chef de l’État a accordé une série d’audiences à des personnalités de la société civile et des chercheurs, venus apporter leur pierre à l’édifice de la nouvelle stratégie togolaise pour la période 2026-2028.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

La « capitale de la médiation » sous le regard des experts

Parmi les hôtes du palais présidentiel figuraient des visages connus du débat panafricain, illustrant la diversité des approches conviées par Lomé. Le professeur Franklin Nyamsi, directeur de l’Institut de l’Afrique des Libertés, a notamment salué un « modèle » diplomatique fondé sur la « vérité » et la « solidarité ». Pour cet intellectuel, la lutte contre le terrorisme ne peut faire l’économie d’une introspection sur les responsabilités partagées au sein du continent.

Cette tonalité, qui mêle souverainisme et coopération régionale, fait écho à celle de Bassolma Bazié, figure de proue de la Confédération des États du Sahel (CN-CES). Ce dernier a profité de l’occasion pour réaffirmer la « fraternité » liant le bloc sahélien au Togo, remerciant le président Gnassingbé pour ses « orientations avisées » dans la gestion des crises actuelles.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Le temps des chercheurs

Mais au-delà des postures politiques, c’est aussi le temps de la recherche qui s’est invité à la table présidentielle. Le docteur Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, a souligné l’importance d’intégrer les analyses académiques aux décisions politiques. « Le Togo nous a offert un cadre de convergence », a-t-il précisé, insistant sur la nécessité d’un dialogue permanent entre les acteurs face à l’instabilité chronique qui frappe l’Afrique de l’Ouest.

En recevant ces acteurs de terrain et ces théoriciens, Faure Gnassingbé cherche à légitimer son action par une approche « par le bas ». Pour le Togo, l’enjeu est de démontrer que sa stratégie pour le Sahel ne se décide pas uniquement dans des bureaux feutrés, mais s’appuie sur une compréhension fine des dynamiques sociales et intellectuelles du moment.

Cette ouverture à la société civile marque une étape clé : elle consacre Lomé non plus seulement comme un médiateur de crises, mais comme un laboratoire d’idées pour une « solution africaine » aux défis sécuritaires qui menacent désormais de s’étendre des sables du Sahel aux côtes du golfe de Guinée.

Stratégie Sahel 2026-2028 : Le plaidoyer de Faure Gnassingbé porte ses fruits

Lomé/Lundi 20 avril 2026 – En recueillant l’aval de la CEDEAO et de l’Union africaine pour sa nouvelle stratégie sahélienne 2026-2028, le président Faure Gnassingbé consolide son rôle de pivot diplomatique dans une région fragmentée.

 

Dans les couloirs feutrés de la présidence à Lomé, l’heure est à la satisfaction diplomatique. Quelques jours après la clôture de la Réunion de haut niveau consacrée à la nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel (2026-2028), le pouvoir togolais voit son activisme régional une nouvelle fois adoubé par les grandes instances multilatérales.

Lundi, une délégation de poids, menée par le président de la commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, et le haut-représentant de l’Union africaine pour le Sahel, Mamadou Tangara, est venue saluer une initiative qui, selon eux, pourrait offrir un nouveau souffle à la coopération transfrontalière.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Un « pont » entre blocs rivaux

L’enjeu pour Lomé est de taille : ne pas laisser s’installer un fossé irrémédiable entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — et leurs voisins côtiers. Alors que les tensions institutionnelles ont souvent prévalu ces derniers mois, le président togolais, Faure Gnassingbé, mise sur une approche pragmatique, privilégiant la stabilité du « bloc ouest-africain » aux querelles de structures.

« Nous considérons nos frères de l’AES comme des membres à part entière de la famille », a martelé Omar Alieu Touray au sortir de l’entretien. Un discours d’ouverture qui tranche avec la fermeté passée de l’organisation régionale et qui valide, de facto, la méthode togolaise : celle de la diplomatie de l’ombre et du dialogue continu.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Adapter la réponse aux « réalités émergentes »

Par ailleurs, cette nouvelle feuille de route (2026-2028) succède à une précédente stratégie lancée en 2021. Si les objectifs de sécurité demeurent, le cadre a été profondément remanié pour s’adapter à une géopolitique sahélienne en pleine mutation. Lomé ne se contente plus d’être un voisin solidaire ; il se veut aussi le garant d’une synergie d’actions entre le Sahel et le golfe de Guinée.

L’adhésion conjointe de la CEN-SAD et du Conseil de l’Entente à ce projet témoigne d’une volonté de dépasser les cadres institutionnels classiques pour créer des corridors de stabilité. Pour le Togo, il s’agit également de protéger ses propres frontières septentrionales tout en maintenant son port autonome comme le poumon économique naturel des pays enclavés du Nord.

 

Une reconnaissance internationale

Cette pluie de félicitations — après celles des Nations unies et de l’Union européenne — vient confirmer que la « doctrine de Lomé » séduit au-delà du continent. En réussissant à réunir autour d’une même table des organisations aux agendas parfois divergents, le Togo s’affirme comme l’un des rares acteurs capables de maintenir un lien de confiance avec les régimes de transition du Sahel tout en restant un partenaire privilégié des institutions internationales.

Reste désormais à transformer ces marques de reconnaissance en résultats concrets sur le terrain, là où la menace sécuritaire continue de mettre à l’épreuve la résilience des États.

À la frontière Togo–Bénin, le contrôle sanitaire se mue en racket quotidien

                       Depuis plusieurs mois, le principal point de passage entre le Togo et le Bénin, à Sanvi Condji côté togolais et Hilla Kondji côté béninois, cristallise un malaise grandissant. Officiellement dédié au contrôle sanitaire, le dispositif en place à la frontière s’apparente, dans les faits, à un mécanisme de prélèvement systématique sur les voyageurs, au mépris des principes de libre circulation pourtant défendus dans l’espace communautaire ouest-africain.

 

Un contrôle sanitaire détourné de sa vocation

Sur ce corridor stratégique, les agents du ministère togolais de la Santé exigent la présentation d’un carnet de vaccination attestant notamment des immunisations contre la fièvre jaune et la méningite. Une mesure qui, sur le papier, répond à des impératifs de santé publique.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Les usagers ne disposant pas du document requis doivent s’acquitter d’un paiement de 500 FCFA pour pouvoir franchir la frontière. Une somme exigée à chaque passage, sans distinction de statut ni de fréquence. Commerçants, riverains ou travailleurs transfrontaliers, nombreux sont ceux qui effectuent plusieurs traversées par semaine et se retrouvent ainsi soumis à une ponction répétée.

À cette contrainte financière s’ajoute une pratique qui alimente l’exaspération : l’obligation de présenter l’appoint exact. Les billets de valeur supérieure sont refusés, contraignant les voyageurs à se procurer de la monnaie avant de revenir au poste de contrôle, au risque de retards, voire d’altercations.

 

Des citoyens pris au piège d’un système paradoxal

Pour les ressortissants étrangers, un contrôle sanitaire peut encore se justifier. Mais la situation devient difficilement compréhensible pour les citoyens togolais eux-mêmes.

Un habitant d’Aného, effectuant régulièrement des allers-retours vers Grand-Popo au Bénin, décrit une réalité qu’il juge incohérente : les autorités béninoises ne lui réclament ni contrôle sanitaire ni paiement à l’entrée sur leur territoire, mais, dès son retour, les agents togolais lui imposent des frais pour accéder à son propre pays.

De nombreux usagers partagent ce sentiment d’injustice et dénoncent une mesure qui pénalise directement les populations frontalières, pourtant dépendantes de cette mobilité pour leurs activités économiques et sociales.

 

Une pratique opaque aux relents de corruption

Au-delà de la gêne occasionnée, c’est la destination des fonds collectés qui soulève les plus fortes interrogations. Aucun reçu n’est délivré aux usagers, et aucune communication officielle ne précise le cadre réglementaire de cette perception.

Plusieurs témoignages concordants recueillis sur place indiquent que les agents perçoivent quotidiennement des sommes potentiellement importantes, sans en assurer la moindre traçabilité administrative.

Faute de transparence, certains observateurs évoquent l’existence d’un système informel bénéficiant directement aux agents en poste, voire à certains relais administratifs. Des allégations difficiles à vérifier de manière indépendante, mais qui contribuent à nourrir la défiance des populations envers ce dispositif.

 

Un contraste régional et un enjeu politique

Cette situation tranche avec la politique adoptée par le Bénin voisin, qui a supprimé le contrôle systématique des carnets de vaccination à ses frontières depuis 2016, hormis une brève parenthèse durant la pandémie de COVID-19.

Dans un contexte où les États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) affichent leur volonté de renforcer la libre circulation des personnes et des biens, le maintien de ce type de pratiques apparaît en décalage avec les engagements régionaux.

 

Une alerte pour les autorités

Sur le plan national, cette réalité de terrain interroge sur le niveau d’information des plus hautes autorités. Le président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, régulièrement présenté comme un promoteur de l’intégration sous-régionale, est-il pleinement informé de ces pratiques à la frontière de Sanvi Condji ?

En l’absence de réaction officielle, la question reste posée.

 

Une urgence à rétablir la confiance

Pour les usagers, l’enjeu dépasse la simple question financière. Il touche à la dignité, à la confiance envers les institutions et à l’effectivité des droits de circulation.

À mesure que les témoignages s’accumulent, la pression monte pour une clarification rapide de la situation. Entre impératif sanitaire et dérives administratives, la frontière de Sanvi Condji est devenue le symbole d’un dysfonctionnement qui appelle, de toute évidence, une réponse des autorités compétentes.

L’Université de Lomé en tournée pour guider les futurs bacheliers

                  Depuis le jeudi 16 avril 2026, l’Université de Lomé (UL) a quitté ses amphithéâtres pour sillonner les routes du pays. Cette vaste campagne de sensibilisation vise à accompagner les élèves de Terminale dans leur transition vers l’enseignement supérieur, en levant le voile sur les réalités de la vie universitaire.

Université de Lomé
© Université de Lomé

Un déploiement stratégique dans trois régions

Afin de toucher un large public, l’institution a lancé la première phase de sa tournée nationale dans les régions Maritime, des Plateaux Ouest et Centrale. Organisation millimétrée, dispositif bien rodé : trois délégations d’experts, composées d’enseignants-chercheurs et de personnels administratifs, sillonnent actuellement des localités clés comme Aného, Afagnan et Tabligbo dans la région Maritime.

Dans le même temps, d’autres équipes prennent d’assaut Kpalimé, Agou et Gbalavé dans les Plateaux. Plus au nord, elles vont à la rencontre des élèves dans les lycées de Blitta, Pagala et Tadjan, au cœur de la région Centrale.

Aux commandes de ce déploiement, des figures académiques de premier plan : le professeur Batchana (DAAS), le professeur Akpavi (scolarité) et le professeur Akue Adotévi (coopération), qui pilotent chacun leur délégation sur le terrain.

Université de Lomé
© Université de Lomé

Briser l’isolement informationnel

Sous l’impulsion du président de l’institution, le professeur Kossivi Hounake, ces délégations portent un message de modernité et d’ambition. L’Université de Lomé ne se présente plus seulement comme un centre de savoir, mais comme un espace dynamique et un service public engagé.

L’enjeu est de taille : corriger le déficit d’information qui pénalise souvent les élèves des zones rurales lors de leur orientation après le baccalauréat.

Au cours des échanges, les futurs étudiants découvrent la cartographie complète des formations disponibles. Les experts expliquent en détail les rouages du système Licence-Master-Doctorat (LMD), les débouchés concrets de chaque filière ainsi que les dispositifs de soutien social, notamment les critères d’attribution des bourses d’études.

Université de Lomé
© Université de Lomé

Des futurs étudiants rassurés et motivés

L’accueil réservé à cette initiative dans les lycées témoigne d’un réel besoin de proximité. Pour Amélia K., élève en Terminale C au lycée de Zébé, l’incertitude laisse place à la confiance, puisqu’elle se sent désormais capable de choisir sa faculté sereinement.

Ce sentiment est partagé à Kpalimé, où K. Hodin confie avoir enfin obtenu des réponses claires sur les aides financières et le choix de son parcours.

De même, au lycée Blitta-Gare, l’enthousiasme est palpable chez des jeunes comme Koffi M., qui voit désormais l’Université de Lomé comme une destination privilégiée pour son futur cursus.

En renforçant ce lien direct avec la jeunesse, l’Université de Lomé confirme sa volonté de bâtir un pont solide entre le secondaire et le monde professionnel, garantissant ainsi une meilleure réussite académique pour les générations à venir.

Une démarche de proximité qui pourrait bien transformer durablement la manière dont les futurs bacheliers envisagent leur entrée à l’université.

Université de Kara : Vers une infrastructure numérique de haute performance

 

Le coup d’envoi est officiellement donné pour la modernisation des infrastructures technologiques à l’Université de Kara. Le mercredi 15 avril 2026, le Secrétaire général de l’institution, M. Egbaou Assoté, a procédé à la remise solennelle du cahier des charges des travaux de réhabilitation du réseau informatique, marquant ainsi la remise officielle du chantier à l’entreprise en charge de son exécution.

En effet, cette cérémonie s’est déroulée dans les locaux de la Direction des Technologies de l’Information et de la Communication (DTIC). Elle a réuni des acteurs clés, notamment le directeur de la DTIC, M. Essowèmlou Ndanatche, ainsi que le Responsable technique de l’entreprise prestataire Professional Business Services (PBS), M. Alain Ayeh, entourés de leurs collaborateurs respectifs.

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

Une couverture intégrale pour les Campus Nord et Sud

Le choix de l’expertise s’est porté sur l’entreprise PBS, une société spécialisée dans les solutions informatiques et numériques, à qui revient la mission de moderniser les infrastructures existantes. Son objectif est clair : transformer le réseau actuel afin de garantir à la communauté universitaire un accès fiable, rapide et sécurisé aux ressources numériques devenues indispensables.

Par ailleurs, l’ampleur des travaux garantit une équité de service entre les différents pôles de l’université. Les interventions de réhabilitation couvriront l’intégralité des sites principaux, englobant spécifiquement le campus Nord et le campus Sud. C’est pourquoi ce projet est un levier fondamental pour améliorer les conditions d’étude et de recherche à Kara.

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

La digitalisation au cœur des priorités étatiques

Il convient de souligner que cette initiative ne s’isole pas. Elle s’insère parfaitement dans le vaste programme de digitalisation des secteurs publics clés, tels que l’éducation et la santé. Puisque l’État togolais a fait de la transformation numérique une priorité nationale, ce projet bénéficie de l’impulsion directe du Ministère de l’Efficacité du service public et de la transformation numérique, dans le cadre d’un programme structuré piloté par les autorités publiques.

De ce fait, la réhabilitation du réseau à Kara devient une pièce maîtresse de la stratégie nationale. Elle illustre la volonté gouvernementale de doter les institutions d’enseignement supérieur d’outils performants pour répondre aux exigences de l’ère du numérique.

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

Un nouveau souffle technologique

La remise de ce chantier marque le début d’une ère nouvelle pour l’Université de Kara. Une fois les travaux achevés, les étudiants et enseignants disposeront d’un environnement numérique à la hauteur des ambitions de l’institution.

Désormais, tous les regards sont tournés vers l’exécution technique de ce projet, garant d’une université connectée et résolument tournée vers l’avenir.